Muzzle Station, la ferme la plus escarpée de Nouvelle-Zélande

Classé dans : #gotravel, Nouvelle-Zélande | 5

C’est aujourd’hui grâce à ma sœur Chloé que nous avons la chance de pouvoir passer un bout de notre voyage dans la ferme la plus escarpée de Nouvelle-Zélande : la Muzzle Station.

A travers cet article, je souhaite vous faire découvrir cet environnement si incroyable à 2-3h de Kaikoura par un chemin spécialement aménagé, ou encore à 20 minutes de vol par avion. Car oui, ici, l’avion et l’hélicoptère font partie de leurs outils de travail au quotidien.

un peu d'histoire

Cette ferme a un peu plus de 150 ans d’existence depuis la première installation. Depuis l’arrivée des européens elle a servi à élever du bétail. A partir de 1980, elle a appartenu à Tina et Colin puis depuis 2015, leur fille Fiona et son mari Guy ont repris l’exploitation. C’est aujourd’hui eux qui nous accueillent.

En 2015, ma sœur Chloé parcourait le monde à bord du voilier Magellan avec celui qui deviendra son futur mari : Jean-Baptiste. De passage en Nouvelle-Zélande, c’est sur la Clarence River que se fut la rencontre entre Fiona et Colin de la Muzzle Station et les aventuriers de Magellan. Ils restèrent quelques temps, une amitié se noua, puis ils retournèrent à la Muzzle plusieurs fois, emportés par la magie du lieu et de ses occupants.

En voyage en Nouvelle-Zélande, nous ne pouvions pas ne pas venir dans ce lieu, mais je crois que nous étions quand même loin d’imaginer ce que ça pouvait être.

quelques chiffres

  • Près de 2000 moutons et 9000 vaches
  • 20 000 hectares (dont 12 000 au Department Of Conservation)
  • 45km entre la première route et la ferme + 20km jusqu'à Kaikoura
  • 25 ruisseaux ou rivières à traverser
  • un passage à 1370 mètre à traverser
  • 20 minutes de Kaikoura en avion
  • 2016 : année d'un puissant tremblement de terre

l'organisation à la ferme lors de notre séjour

Je vous laisse imaginer la quantité de travail à fournir dans une ferme de ce type, d’autant plus quand on élève deux enfants. Pour les aider, plusieurs personnes sont présentes et l’entraide est aussi très forte entre fermiers :

  • Zoé pour les tâches quotidiennes et l’apprentissage des enfants qui ne sont pas scolarisés en permanence. Ils suivent cependant un programme avec des cours par correspondance ;
  • Abi pour les aider à la ferme, notamment pour gérer les troupeaux ;
  • Lans, embauché la semaine depuis des dizaines d’années pour les aider dans l’entretien de la ferme (routes, clôtures, …), mais aussi dans la gestion des animaux ;
  • de nombreux fermiers pour la tonte par exemple.

Du côté des animaux, on retrouve donc des moutons, agneaux, béliers, vaches, taureaux, chevaux, poules ainsi que de nombreux chiens pour gérer les troupeaux, sachant que chaque personne possède ses propres chiens (entre 6 et 8 généralement). Ils sont de véritable bras-droits, dressés pour répondre aux différents ordres.

Fiona et un troupeau de moutons

Il y a également une chèvre ! Il faut s’avoir qu’ici elles sont plutôt périodiquement chassées car sauvages et nuisibles pour les troupeaux puisqu’elles mangent leur fourrage.

Chèvres ou boucs sauvages

En terme de nuisibles on retrouve également ceux qui sont plus globalement présents en Nouvelle-Zélande, comme le lapin et le possum. Ils sont cependant moins présents depuis de nombreuses années à la Muzzle suite à des campagnes d’éradication, d’abord avec des chats, ce qui n’a pas marché (c’est pour cela qu’on en retrouve aussi de nombreux sauvages), puis avec d’autres méthodes comme la propagation d’une maladie. 

Pour survenir aux propres de la ferme, quelques vaches fournissent du lait frais tous les jours, des poules pour les œufs, et un jardin potager.

 

Enfin, la ferme dispose de plusieurs ruches. Le miel était auparavant fait par la sœur de Fiona, Lucy, mais c’est aujourd’hui des personnes extérieures à la famille qui le produisent.

Du côté des besoins matériels :

  • l’électricité est produite par une micro-turbine produisant environ 5 kW (21m de chute)
  • l’eau provient d’une source et est traitée
  • le téléphone est acheminé par radio depuis un relai
  • Une radio VHF est utilisée pour communiquer localement 
  • La TV est captée par satellite
  • Internet est aujourd’hui fourni par une liaison radio après avoir été acheminé auparavant par satellite, ce qui coutait près de 200$ par mois pour 7Gb avec parfois quelques extras du fait de la consommation d’internet, notamment par les saisonniers.
  • il dispose de plusieurs tracteurs, un bulldozer, une petite pelle, un quad, un buggy, un 4×4, un camion 4×4, deux avions et un hélicoptère.

C’est une ferme qu’on pourrait imaginer coupée du monde mais qui ne l’ai résolument pas, ou en tout cas plus. Il accède aujourd’hui à toutes les sources d’information avec la TV et internet. Ils peuvent également communiquer facilement. De plus, Kaikoura n’est finalement qu’à 20 minutes de vol si tout va bien. Mais c’est vrai que quand on arrive ici, on a l’impression d’être ailleurs…

D’un point de vue de l’implantation, la ferme est composée de plusieurs bâtiments ou parcelles :

  • la maison historique
  • une maison plus récente où logeait Tina et Coin, puis où sont maintenant Fiona, Guy et leurs enfants
  • une maison encore plus récente où logeait Fiona et Guy quand Tina et Colin était encore à la ferme
  • une annexe toute neuve pour héberger du monde
  • différentes cabanes et hangars sur l’exploitation
  • un bâtiment pour faire le miel
  • de nombreuses parcelles délimitées par des clôtures
Une partie de l'exploitation où se situent les principaux bâtiments

qu'avons nous fait pendant notre séjour ?

Avant même d’être arrivés, nous voulions participer aux tâches quotidiennes. N’étant pas du tout du même domaine, cela pouvait paraître difficile, mais nous avons pu finalement faire beaucoup de choses : la taille des arbres dans le jardin, de la peinture dans le nouveau lodge qui a été construit pour accueillir du monde, l’accompagnement sur l’exploitation pour éviter des allers/retours inutiles, le remplissage de l’avion d’épandage avec de l’engrais (9 tonnes à l’aide de sceaux!) et enfin le tri de la laine des moutons tous justes tondus et le nettoyage de la zone de tonte pendant que les tondeurs enchainaient les différents moutons.

Cette dernière expérience, bien que littéralement les mains dans le caca parfois, était vraiment impressionnante ! J’imagine combien cela doit être physique pour les tondeurs. Imaginez, près de 2000 moutons à faire dans le week-end, à 5. Pour les booster : musique à fond et dès que la musique s’arrête, c’est la pause.

De notre côté on devait rapidement enlever la laine sur chaque zone de tonte pour libérer l’espace avant le prochain mouton. Il fallait ensuite trier entre la laine très bonne de la tête, celle moins bonne mais sans caca, et celle avec du cacas qui doit être jetées. Je vous laisse imaginer la première fois que nous avons mis les mains dedans… Mais finalement on oublie très vite ! Et puis parfois ca se complique un peu, quand il ne s’agit pas d’un mérinos, on jette tout ; quand c’est autour de l’organe reproducteur du bélier, on jette aussi ! Nous étions entre 3 et 4 pour faire ça, pour 5 tondeurs. Au départ ils étaient moins, je ne sais pas comment c’était possible.

Tout va très vite, l’espace est réduit, les portes claques lorsqu’ils entrent avec l’animal tenu par les pâtes, ensuite à la fin de la tonte le mouton sort par une trappe, ou parfois pas… l’accident peut vite arriver. D’ailleurs, on a pu voir qu’avec les béliers c’était beaucoup plus chaud ! Je dois dire que les 2 jours où nous avons participé nous ont bien lessivé, on avait quelques courbatures le lendemain.

Tonte de la tête et du postérieur

qu'est-ce que cette expérience nous a apporté ?

Après avoir enchainé des jours sans ne jamais s’ennuyer, il est temps pour nous de faire un petit bilan avant de retrouver notre van. Il s’agissait de notre première expérience dans une aussi grosse ferme. Ok nous avions habité à la campagne, mais nous étions loin de connaître le métier de fermier, surtout au XXIème siècle !

Malgré le fait que ce soit une première pour nous, je crois que la Muzzle Station est encore à part : un cadre de magnifique avec quelques contraintes, une histoire familiale avec la 3ème génération aujourd’hui présente à la ferme, un accueil hors pair !

Comme le dit Fiona dans son livre : “je crois que je vois plus de monde ici que si nous étions dans une ferme plus traditionnelle”. Pendant les jours où nous étions présents, du matin au soir il y avait de l’animation, et beaucoup de personnes de passage.

Notre seul regret : ne pas pouvoir parler ou comprendre aussi bien l’anglais qu’eux. Nous sommes arrivés à la limite de notre niveau d’anglais. Pour ma part, je pouvais avoir quelques conversations, et pour Gwen c’était très dur et très frustrant de ne pas pouvoir comprendre la plupart du temps et de ne pas pouvoir parler. Comme ils avaient toujours un peu de monde, ou du fait qu’ils soient bien occupés, il était difficile pour nous de pouvoir avoir des conversations approfondies. Je me mets aujourd’hui à la place de nombreux étrangers que j’ai pu croiser en France, et qui ne parlait pas ou peu le français avec que des français qui parlent entre eux…

Mais au delà de ça, l’expérience que nous avons vécue dépasse largement cette contrainte. Nous avons pu découvrir le métier de fermier aujourd’hui, dans un des pays qui est certainement fier de sa ruralité et très développée de ce côté là. Comme je l’ai dit à Gwen : nous étions plutôt du côté de l’acheteur de tshirt Mérinos à Décathlon, et nous avons pu ici être du côté du producteur de la matière première pour ce tshirt (il nous resterait à voir ce qu’il se passe entre les deux…).

Un point auquel nous avions aussi un peu peur, c’était l’aspect écologique et le traitement des animaux.

D’abord sur le traitement des animaux, ils vivent ici dans d’immenses étendues la plupart du temps. Ils ont toujours voulus garder un mix entre une agriculture extensive et intensive (plutôt pour l’hiver). On est loin de ce qu’on a pu voir ailleurs dans le pays avec des champs remplis des vaches qui sont collées entre elles.

D’un point de vue écologie, difficile de se positionner sans être du domaine et après seulement quelques jours dans l’exploitation, mais je pense que c’est intéressant justement d’avoir le regard de quelqu’un qui n’y connaît rien, tout en étant sensible à ce sujet.

On sent quand même que c’est un aspect auquel ils font attention. Fiona en parle dans son livre et c’est également dans les valeurs familiales. Par rapport à certaines autres exploitations, ici il n’y a pas d’arrosage pour faire pousser l’herbe. Par contre, on s’est posé quelques questions quand il a fallu remplir l’avion d’épandage avec près de 9 tonnes d’engrais. Il s’agissait d’un mélange d’azote et de souffre avec à priori une faible densité d’épandage projetée seulement tous les 1 ou 2 ans. On aimerait se dire que cela ne soit pas nécessaire, mais peut-être qu’aujourd’hui cela l’est tout en restant à des doses raisonnables. 

Du côté de l’énergie ils utilisent une micro-centrale hydraulique et l’eau provient des cours d’eau. Certes du carburant est utilisé pour les engins agricoles et volants, mais cela reste minime par rapport à la surface et il n’y pas tellement d’autres solutions à ce jour.

Tout ça nous donne des clés de compréhension dans les débats qui nous animent aujourd’hui : l’écologie et un souhait de changer de vie pour se mettre plus au vert.

Merci à Fiona et Guy, Tina et Colin, Zoé, Abi, Lanz et tous les gens de passage pour nous avoir accueilli et pris le temps de nous expliquer leurs activités. C’est une expérience que l’ont oubliera pas !

petit bonus #1 : le dog trial

Après être retournés à Kaikoura pour retrouver notre van, l’expérience n’était pas totalement finie ! Nous sommes restés 1 jour ou 2 pour assister à un “dog trial”, une compétition de chiens sur des épreuves de dressage pour les troupeaux de moutons.

L’occasion encore une fois d’être imprégnés d’une ambiance locale avec bière, barbecue et concours du chien qui abois le mieux (son, regard et réponse aux gestes du maitre). On a même pu faire partie du jury pour ce dernier concours !

petit bonus #2 : séjour chez Salomé

A la Muzzle, nous avions également rencontré Salomé (“made in France, imported in NZ”) et Sam son chéri lors de la tonte de moutons. Ils se sont installés dans une toute nouvelle ferme à la fin de l’hiver dernier. Salomé nous avait gentiment proposé de passer dans leur exploitation, nous y sommes donc allés quelques jours, et nous en avons encore pris plein les yeux. Merci à eux pour leur accueil ! 

pour en savoir plus sur la Muzzle Station

Life on Muzzle Station - the most remote farm in New Zealand
En commande sur internet ou je pourrai en prêter 1 exemplaire
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Jérémy, 30 ans, en pleine transition de vie. Curieux, technologique, en quête de sens... J'aime m'évader grâce aux voyages, à la photo, la vidéo, le drone, la décoration mais aussi la randonnée et le VTT. Féru de technologie, je m'intéresse aussi à la domotique et aux objets connectés (de la manière la plus sobre possible!). Enfin, ma quête de sens m'amène à m'engager dans la transition écologique et à explorer d'autres modes de travail.

5 Responses

  1. Renée COTTAZ

    J’ai vraiment apprécié cette lecture….
    Je garde quelques questions pour votre retour…
    Bonne et belle continuation
    Renée

  2. Clément

    Merci de prendre le temps de partager tout ça: c’est magnifique!

  3. Florence Jay

    Je me régale de vos photos avec mes enfants et vos commentaires . Grâce à vous on voyage et découvrons la NZ. Merci beaucoup pour votre partage !

    • Jérémy

      Merci beaucoup pour ce retour qui nous fait chaud au cœur !

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